Un festival axé sur la musique dite “ancienne”, quel intérêt en 2019 ? 

La musique de la Renaissance s’inscrit admirablement dans l’humanisme : elle cherche à décrypter le monde, à comprendre les phénomènes naturels et les règles universelles ; elle s’emploie – à la manière d’une science – à refléter l’harmonie universelle… Sa mission principale est d’atteindre une forme de perfection, de beauté immaculée. À l’heure du défi climatique, quel message peut-il être plus brûlant et plus actuel ? La musique de la Renaissance nous donne l’occasion de nous questionner sur l’avenir de notre environnement, sur le devenir des générations futures et sur la place de l’humain sur la planète.

Quant à la musique baroque, elle succède à la musique de la Renaissance et s’y oppose de manière radicale : elle est le reflet de l’homme et de ses émotions, de ses imperfections, de ses souffrances et de ses joies. Elle se fait moyen de communication, affirmant la suprématie du texte par rapport aux instruments ; toutes les bases et les formes de la musique classique sont jetées à cette époque : sonate, cantate, concerto, opéra, etc. À l’heure où les réseaux sociaux et les jeux vidéo nous donnent l’illusion de réaliser notre potentiel, la communication non virtuelle et émotionnelle entre humains ressemble à un défi ! Réapprendre le vivre ensemble, le partage et le respect, s’intéresser réellement aux autres et à leurs cultures différentes, voilà le moteur d’un véritable renouveau !

Avec l’humilité nécessaire, mais aussi avec l’esprit à la fête, il s’agit de redécouvrir la nature et d’aller à la découverte de l’autre. La musique dite “ancienne” n’est que le prétexte, l’outil de travail d’un nouvel état d’esprit.

Changer les modes de représentation de la musique classique et questionner les rituels

Le Festival de Ribeauvillé expérimente de nouvelles formes de concerts, où la lumière, le théâtre, la vidéo ou la danse s’invitent pour enrichir l’expérience vécue par les spectateurs. Pour mettre en évidence le message transporté par les œuvres anciennes, il peut être judicieux d’entendre des répertoires différents, tels la musique contemporaine ou actuelle. Et puis la programmation est une recherche constante d’équilibre entre les genres, les formes, les époques, mais aussi un attachement infaillible à faire appel aux artistes les plus à même de donner le meilleur d’eux-mêmes et de remplir leur mission au service du public.

Une histoire de liens bien réels 

Questionner les rituels, c’est aussi remettre sur la sellette le rapport entre les artistes et le public : à l’heure où la culture est largement financée par les politiques publiques, la mission des artistes n’est plus tant de créer pour un cercle limité d’inconditionnels que de se mettre à la portée du plus grand nombre. Tel un artisan  sans racoler ni galvauder , il doit pouvoir expliquer son travail, parler de ses outils et de la manière dont il envisage la transmission de son ouvrage. Le Festival de Ribeauvillé s’inscrit dans cette logique novatrice en proposant de mettre en relations artistes et spectateurs, grâce à des temps de partage tels des rencontres, des répétitions publiques, ou encore des moments de convivialité. Le concert lui-même n’est que la fin de ce parcours de découverte qui crée des liens entre tous les participants du festival. À l’occasion, le spectateur lui-même se retrouvera acteur de la musique !

La musique classique n’est aujourd’hui plus réservée à une élite ; bienvenue aux mélomanes du monde entier ! Et bienvenue aussi aux habitants de Ribeauvillé et des environs, qui ne pourront ignorer plus longtemps l’événement qui se déroule chez eux ! Il n’y a aucune restriction pour assister aux concerts du festival, et pas plus de prérequis culturel ou de conditions. D’ailleurs, à partir de 2019, le Festival de Ribeauvillé sort des églises et investit le théâtre, le Parc – Scène de Ribeauvillé, le cinéma … et la chapelle Sainte-Catherine devient un office du tourisme éphémère au service des festivaliers et des habitants le temps que dure la manifestation.

Et l’avenir ?

Si le festival se recentre momentanément sur la Ville de Ribeauvillé le temps d’une rapide chrysalide, l’objectif est bien de rayonner sur les territoires de la communauté de communes à partir de 2020. Les projets foisonnent pour implanter des manifestations dans les châteaux, pour mettre en place une saison de concerts qui prenne le relais du festival entre novembre et juin. D’aucuns songent à organiser un concours pour jeunes chanteurs en voie d’insertion, ou encore un stage de formation pour jeunes musiciens. 

La première des missions nouvelles du festival sera de proposer un travail continu de sensibilisation des enfants et adolescents en milieu scolaire ; cette démarche a été inaugurée dès le mois de mars 2019 avec deux concerts de cantates profanes de Bach donnés par vingt musiciens de la Chapelle Rhénane, des concerts auxquels ont assisté plus de 350 élèves enthousiastes. L’avenir – non pas celui de la musique, mais celui de la planète et de la société des hommes – ce sont eux !